Archives de Catégorie: Lester B.

Le Vieux Henry

« Tu sais ce qu’on dit, Henry ? Tu sais ce qui se dit, partout où je vais ? On me demandait ce que tu devenais. « Je sais pas », je répondais. J’aurais pu dire quoi ? Et parfois –jamais au début, puis de plus en plus souvent- quelqu’un prenait la parole. Un soudard accoudé au bar, un que t’aurais regardé avec pitié, il y a pas 6 mois. « Je l’ai vu moi », il disait. « Je l’ai vu ton pote. Dans un vieux bouge pas loin d’ici. Il se finissait à peine un verre qu’il s’en enquillait d’jà un autre. Et pas que je sois trop regardant, mais ça faisait un bail qu’il s’était plus douché, ce gars là. ». Merde Henry, quoi, ça va durer longtemps ? Faut pas te foutre dans un état pareil, pas pour une fille que t’as même pas baisée, non ? »

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Fouchard n’avait pas envie de rigoler

Barry Fouchard fut soudain saisi de ce qu’on appelle communément une rage folle. En bondissant hors du lit, il envoya valser son ordinateur à l’autre bout de la chambre. Le PC alla s’écraser contre les portes de la petite penderie, et on n’entendait déjà plus glousser les deux actrices qui, nues, s’étaient évertuées à les faire bander, lui et sans doute des milliers d’autres, depuis quinze minutes. Lire la suite

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Mon Mexicain

Je rentrais à « la maison », décidé à me faire un dernier verre avant de taper encore quelques lignes. A Montparnasse, où je prenais la ligne en route, une bande de gars et de filles, mon âge ou un petit moins, arpentait le couloir des bouteilles de mauvais bordeaux à la main – Meeks m’aurait dit « c’est un pléonasme » si j’avais partagé cette pensée avec lui : il ne jure que par les Côtes du Rhône, question de patriotisme régional. Lire la suite

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America

GeronimoLes deux petits yeux noirs, flanqués au beau milieu d’un visage ocre, taillé à la hache, ne savaient pas vraiment ce qu’ils étaient venus foutre dans le coin. A sa droite, le traducteur faisait son job. Ses traits fins, ses cheveux blonds et son air distingué, savamment négligé, lui auraient sans doute assuré une carrière médiocre à la télévision, mais visiblement il préférait traduire les propos tenus par le conférencier à un vieux native confortablement installé sur le devant de la scène et qui attendait patiemment son tour. De l’autre côté de l’indien, une petite française qui semblait jeune –mais cette impression s’évanouissait quand on s’approchait d’elle – expliquait comment, lors d’une transe en Mongolie, elle avait rencontré l’ancêtre du prestigieux invité, un Apache catholique à tendances alcooliques. Lire la suite

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La virilité questionnée

Kowalski se demandait si son goût croissant pour les bijoux questionnait sa virilité, acquise au prix de longues heures de perceuses. Non qu’il eut dû lutter pour percer les épaisses cloisons : équipé du foret adapté – un steinbohrer 6 mm – c’avait été un jeu d’enfant. Il avait même pris goût à ces petits bricolages, qui lui donnaient chaque fois un peu plus l’impression d’avoir, enfin, trouvé un chez soi. Peu à peu, évoquant ces menus travaux, il s’aperçu que cela lui avait conféré une nouvelle masculinité, principalement auprès de ses collègues masculins. Ceux-ci se délectaient de la dernière anecdote de Kowalski : une plinthe fabriquée sur mesure, le changement d’un carreau, et cette fois où il avait réparé la porte coulissante de sa tante !

Des bracelets, des bagues, et même des pendentifs, beaucoup de gars en portaient, ici, mais Kowalski ne pouvait se décider à sauter le pas. Pourtant, il en rêvait de cette bague dinosaure, de ce bracelet squelette ou de ce pendentif.



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Suspens ton vol

« Non, on voit bien que t’as pas compris le bouquin ». Si j’avais pas été sous perf, Suzanne aurait sans doute dû envoyer quelqu’un à la boucherie lui acheter un steak, ou je sais pas quelle viande rouge qu’on est censé se mettre sur l’œil quand quelqu’un vous a foutu sur la gueule. Heureusement pour elle, j’étais pas en état de l’atteindre physiquement. Avec des mots j’avais déjà du mal. Lire la suite

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Comme ça

Pire, en réalité c’était bien pire. Aucune bouteille de tequila, pas une once d’alcool, même. L’influence était à aller chercher ailleurs. Et puis, on dit qu’il est impossible d’écrire quelque chose d’intéressant sous alcool. La raison, donc, qui le poussait à écrire ces lignes, était tout simplement le constat d’un break raté. Les pauses étaient éparses, disséminées sporadiquement dans son emploi du temps, et il voulait « en profiter à fond », en extraire le maximum. Or, voilà qu’il se retrouvait bloqué ici, pour encore deux jours, avec rien d’autre à foutre que de regarder la pluie tomber. Merde, les panneaux à l’entrée de la ville indiquaient bien « 300 jours de soleil par an ». Il savait de source sûre que pour la mairie, une journée était comptée comme journée de soleil au bout de deux heures consécutives d’exposition à ses rayons, mais quand-même. Cela sentait l’injustice. La divine injustice.

Lester Batiscaph

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